Retraites
Le système de retraite va-t-il faire faillite ?
Une crainte largement partagée : que le système de retraite s'effondre.
72 % des Français n'ont pas confiance dans l'avenir du système. 87 % chez les moins de 35 ans. Ifop, avril 2026
« Être obligé d'emprunter tous les mois pour payer les retraites […], c'est une malédiction qui n'a pas d'issue. »
« Leur régime de retraite par répartition est en réalité déjà en faillite ! »
La mécanique
En France, les retraites marchent par répartition : les cotisations prélevées sur les salaires d'aujourd'hui paient directement les pensions d'aujourd'hui.
Que veut dire au juste « faire faillite » ?
Une faillite évoque une cagnotte qui se vide. Mais en répartition, il n'y a pas de cagnotte : les cotisations qui rentrent ressortent aussitôt sous forme de pensions.
Il reste tout de même une petite réserve La répartition paie les pensions avec les cotisations du moment, mais les régimes gardent un coussin. L'Agirc-Arrco détenait ~85 milliards d'euros fin 2024, avec une « règle d'or » : toujours six mois de pensions d'avance. C'est un amortisseur, pas une cagnotte d'où sortiraient les pensions. Aller plus loin , de quoi amortir les à-coups, mais c'est un tampon, pas un trésor qui dort.
Combien d'actifs par retraité
Le nombre d'actifs par retraité évolue d'année en année : relevé jusqu'en 2024, projeté à l'horizon 2070.
| Année | Actifs pour 10 retraités |
|---|---|
| 2000 | 21 |
| 2024 | 17 |
| 2070 | 15 |
Source : COR, rapport annuel juin 2025 ; Insee.
Seules 2000, 2024 et 2070 sont des points du COR ; l'entre-deux est interpolé.
Quand un actif part à la retraite, il passe de l'autre côté du flux : un cotisant de moins, un retraité de plus.
Pourquoi baisse-t-il ? Deux mouvements de fond.
- Les retraités vivent plus longtemps À 65 ans, l'espérance de vie dépasse 23 ans pour les femmes et approche 20 ans pour les hommes en 2024, près de deux ans de plus qu'il y a vingt ans. Source : Insee, espérance de vie 2024 : ils restent plus d'années à percevoir une pension.
- Moins de naissances 1,62 enfant par femme en 2024, le plus bas niveau depuis un siècle ; 663 000 bébés, un creux inédit depuis 1945. Source : Insee, bilan démographique 2024 : les générations qui entrent dans la vie active sont moins nombreuses que celles qui en sortent.
| Année | 65 ans et plus |
|---|---|
| 2000 | 16 % |
| 2020 | 20 % |
| 2070 | 29 % |
Source : Insee, projections de population 2021-2070 (scénario central).
Tranches de 5 ans ; années intermédiaires interpolées.
Une autre mesure
Ce qui finance une pension, ce n'est pas un nombre de cotisants : c'est la richesse qu'ils produisent.
Tout ce que le pays produit en un an porte un nom : le PIB Le PIB mesure la richesse produite en France en un an : la somme de tout ce qui s'y fabrique et s'y vend. Rapporter une somme au PIB, c'est la comparer à la taille de toute l'économie, ce qui reste lisible d'une année sur l'autre même quand les prix montent. Aller plus loin . Mesurées par rapport à lui, les pensions pèsent près de 14 % Les retraites représentent environ 14 % du PIB. Le COR projette 14,0 % en 2030 et 14,2 % en 2070, soit une part globalement stable. Source : COR, juin 2025 .
Cette part, projetée jusqu'en 2070.
| Année | Part du PIB |
|---|---|
| 2024 | 13,9% |
| 2070 | 14,2% |
Source : COR, rapport annuel juin 2025 ; PIB 2024 Insee, comptes de la Nation 2024.
Montants en euros constants 2024 ; PIB projeté au rythme de référence du COR (~0,5 %/an), années intermédiaires interpolées.
C'est ce qui sort : 14 % du PIB, stable. Mais qu'est-ce qui rentre ?
Ce qui rentre
Pour payer ces pensions, l'argent vient de trois sources :
- les cotisations prélevées sur les salaires
- des impôts affectés Des impôts réservés au financement des retraites (une part de la CSG, des taxes sur les salaires…), à côté des cotisations. Source : COR, juin 2025
- l' apport de l'État L'État paie les pensions de ses propres fonctionnaires, et renfloue les régimes qui manquent de cotisants (SNCF, mines, marins…). Source : COR, juin 2025
| Source | Montant |
|---|---|
| cotisations | 269 Md€ |
| impôts affectés | 81 Md€ |
| apport de l’État | 55 Md€ |
Source : COR, rapport annuel juin 2025.
Cotisations ≈ 2/3 (269 Md€), apport de l'État ≈ 55 Md€ (1,9 % du PIB) ; les impôts affectés sont le solde.
Les cotisations ne couvrent qu'environ deux tiers des pensions. Le reste, aujourd'hui, c'est l'État et les impôts.
Le déficit
Ces trois sources vont-elles tenir jusqu'en 2070 ? Deux oui, une non.
Les cotisations et les impôts suivent l'économie : tant que les taux ne changent pas, ils progressent comme les salaires, donc comme le PIB. Rapportés à lui, ils ne bougent presque pas.
L'apport de l'État, lui, recule. Pour comprendre pourquoi, il faut voir ce qu'il finance au juste : pas le système entier, mais ses propres régimes, les retraites de ses fonctionnaires et le renflouement d'anciens régimes comme la SNCF ou les mines. Et la loi lui demande d'y verser, chaque année, juste de quoi les équilibrer Par la loi, l'État ajuste chaque année sa contribution pour que les régimes qu'il finance (ses fonctionnaires, les régimes spéciaux) soient exactement à l'équilibre. Si leurs dépenses baissent, sa contribution baisse avec. Source : COR, juin 2025 .
Or ces régimes rétrécissent : les régimes spéciaux, fermés Fermés aux nouveaux venus par la réforme de 2023 (RATP, électriciens-gaziers, Banque de France, clercs de notaires) ; la SNCF l'était déjà depuis 2020. Les agents en poste gardent leurs droits, mais sans nouvelles recrues, le régime s'éteint peu à peu. Source : Ministère du Travail , s'éteignent doucement. L'État a donc, année après année, de moins en moins à y mettre.
recettes
dépenses
déficit
| Année | Cotisations | Impôts | Apport de l'État | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|---|---|
| 2024 | 9,2% | 2,8% | 1,9% | 13,9% | -0,1% |
| 2040 | 9,1% | 2,7% | 1,6% | 14,1% | -0,7% |
| 2070 | 9,0% | 2,7% | 1,0% | 14,2% | -1,4% |
Source : COR, rapport annuel juin 2025.
En part du PIB, scénario de référence ; l'apport de l'État (de ~1,9 % en 2024 à ~1,0 % en 2070) est interpolé entre ces deux points.
C'est là l'essentiel du déficit. Les pensions ne s'emballent pas, les cotisations tiennent : le creux vient surtout de cette part de l'État qui se réduit. D'après le COR, si le système n'était financé que par des cotisations, il n'y aurait quasiment pas de déficit qui se creuse.
Et cette part de l'État, ajoute le rapport, « dépend de décisions du législateur ». Le déficit dépend donc, en grande partie, de choix de financement public.
Alors, faillite ?
Un système par répartition ne fait pas faillite comme une entreprise : tant qu'il y a des salaires, il y a des cotisations. Mais selon le COR, un écart se creuse bien. Les dépenses restent autour de 14 % du PIB ; les ressources, elles, glissent jusqu'à 12,8 % d'ici 2070.
Pas une faillite, donc, mais un écart qu'il faudra combler.
Et après ?
Pour combler cet écart, le COR décrit quatre voies. Elles ne s'excluent pas et se combinent ; aucune n'est sans contrepartie.
- Reculer l'âge de départ. Plus d'actifs cotisent, moins d'années de pension à verser ; à court terme, le chômage peut monter le temps que l'emploi s'ajuste. La voie de la réforme de 2023. Loi du 14 avril 2023
- Relever les cotisations des salariés. L'écart se réduit, mais le revenu net des ménages baisse d'autant. COR, juin 2025
- Relever les cotisations des employeurs. Des recettes en plus, mais un coût du travail plus élevé, qui pèse sur l'emploi et l'investissement. COR, juin 2025
- Indexer les pensions sous les salaires. Les pensions progressent moins vite ; le niveau de vie des retraités décroche peu à peu de celui des actifs. COR, juin 2025