Retraites
Le système de retraite va-t-il faire faillite ?
Une crainte largement partagée : que le système de retraite s'effondre.
72 % des Français n'ont pas confiance dans l'avenir du système. 87 % chez les moins de 35 ans. Ifop, avril 2026
« Être obligé d'emprunter tous les mois pour payer les retraites […], c'est une malédiction qui n'a pas d'issue. »
« Leur régime de retraite par répartition est en réalité déjà en faillite ! »
Pour peser le mot « faillite », il existe un document : le rapport annuel du COR Créé en 2000 et placé auprès du Premier ministre, le COR réunit 41 membres : parlementaires, syndicats, patronat, représentants des retraités et des familles, administrations, experts. Son rapport de juin projette le système jusqu'en 2070, et gouvernement, syndicats et presse citent les mêmes chiffres. Des projections sous hypothèses, pas des prédictions. Aller plus loin . Ce conseil réunit syndicats, patronat, parlementaires et experts autour d'un diagnostic commun sur les retraites. Il y détaille l'état des comptes du système et leurs trajectoires jusqu'en 2070.
Les projections de cette page viennent de son rapport de juin 2026, et la démographie de l'Insee L'Institut national de la statistique et des études économiques produit depuis 1946 les chiffres de référence sur la France : recensement de la population, PIB, inflation, chômage, projections démographiques. Ses statisticiens travaillent sous un principe d'indépendance professionnelle, surveillé depuis 2008 par une autorité dédiée. Ses projections de population, dont celles de cette page, prolongent des hypothèses de fécondité, de migration et de mortalité, déclinées en plusieurs scénarios. Aller plus loin .
La mécanique
En France, les retraites marchent par répartition : les cotisations prélevées sur les salaires d'aujourd'hui paient directement les pensions d'aujourd'hui.
Que veut dire au juste « faire faillite », pour une machine comme celle-là ?
Une faillite évoque une cagnotte qui se vide. Mais en répartition, il n'y a pas de cagnotte : les cotisations qui rentrent ressortent aussitôt sous forme de pensions.
Il reste bien une réserve La répartition paie les pensions avec les cotisations du moment, mais les régimes gardent un coussin. L'Agirc-Arrco, la complémentaire des salariés du privé, détenait 92,1 milliards d'euros de réserves de financement fin 2025 : près de onze mois de ses propres pensions, avec une « règle d'or » qui lui interdit de descendre sous six mois. Un amortisseur, pas une cagnotte d'où sortiraient les pensions. Aller plus loin pour amortir les à-coups d'une année sur l'autre : quelques mois de pensions à l'échelle du système, très inégalement répartis entre les caisses.
Combien d'actifs par retraité
Le nombre d'actifs par retraité évolue d'année en année : relevé jusqu'à aujourd'hui, projeté au-delà.
| Année | Actifs pour 10 retraités |
|---|---|
| 2002 | 21 |
| 2025 | 18 |
| 2070 | 13 |
Source : COR, rapport annuel juin 2026 et Insee.
Seules 2002, 2025 et 2070 sont des points du COR. L'entre-deux est interpolé.
Quand un actif part à la retraite, il passe de l'autre côté du flux : un cotisant de moins, un retraité de plus.
Pourquoi le nombre d'actifs par retraité baisse-t-il ainsi ?
- Les retraités vivent plus longtemps À 65 ans, l'espérance de vie dépasse 23 ans pour les femmes et approche 20 ans pour les hommes en 2024, près de deux ans de plus qu'il y a vingt ans. Source : Insee, espérance de vie 2024 : ils restent plus d'années à percevoir une pension.
- Moins de naissances 1,62 enfant par femme en 2024, le plus bas niveau depuis un siècle. 663 000 bébés, un creux inédit depuis 1945. Source : Insee, bilan démographique 2024 : la base de la pyramide se resserre, et les générations qui arrivent dans la vie active se font moins nombreuses d'année en année.
| Année | 65 ans et plus |
|---|---|
| 2000 | 16 % |
| 2020 | 20 % |
| 2070 | 32 % |
Source : Insee, projections de population 2026 pour la France, 2025-2070 (scénario central).
Tranches de 5 ans, années intermédiaires interpolées.
Mesurer autrement
Ce qui finance une pension, ce n'est pas un nombre de cotisants : c'est la richesse qu'ils produisent.
Tout ce que le pays produit en un an porte un nom : le PIB Le PIB mesure la richesse produite en France en un an : la somme de tout ce qui s'y fabrique et s'y vend. Rapporter une somme au PIB, c'est la comparer à la taille de toute l'économie, ce qui reste lisible d'une année sur l'autre même quand les prix montent. Aller plus loin . Mesurées par rapport à lui, les pensions pèsent environ 14 % 422 milliards d'euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. Le COR projette une part quasi stable jusqu'en 2045 (14,2 %), puis une montée vers 15,3 % en 2070. Source : COR, juin 2026 .
La voici, projetée jusqu'en 2070.
| Année | Part du PIB |
|---|---|
| 2025 | 14,1% |
| 2030 | 14,1% |
| 2040 | 14,0% |
| 2045 | 14,2% |
| 2050 | 14,4% |
| 2060 | 14,7% |
| 2070 | 15,3% |
Source : COR, rapport annuel juin 2026. PIB 2025 : Insee, comptes de la Nation 2025 (Insee Première n° 2105).
Montants en euros constants 2025. PIB projeté au rythme de référence du COR (~0,5 %/an), années intermédiaires interpolées.
D'où sort ce PIB de 2070 ? La démographie de l'Insee donne le nombre de personnes en emploi. Le COR suppose ensuite que la richesse produite par personne augmentera de 0,7 % par an Scénario de référence du rapport de juin 2026 : productivité du travail en hausse de 0,7 % par an, chômage stabilisé à 7,0 % à partir de 2040, démographie de l'Insee (fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, solde migratoire de +150 000 personnes par an). Le rapport chiffre aussi des variantes de productivité à 0,4 et à 1,0 % par an. Source : COR, juin 2026 , portée par de meilleurs outils et de meilleures façons de travailler, pas par des journées plus longues. Comme les générations qui arrivent dans la vie active sont moins nombreuses, le total grandit d'environ 0,5 % par an.
Ce qui tient les retraites à 14 % du PIB
Le chiffre a de quoi surprendre. Moins d'actifs par retraité, des retraités plus nombreux, des pensions versées plus longtemps : tout annonce une facture qui enfle. Et pourtant, la part reste longtemps autour de 14 %.
La clé est une règle discrète. Une fois versée, une pension ne suit pas les salaires : elle suit les prix La revalorisation annuelle des pensions est calée par la loi sur l'inflation : la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac (article L. 161-25 du code de la sécurité sociale). Les projections du COR reprennent cette règle. Source : Code de la sécurité sociale, art. L. 161-25 . Elle protège du coût de la vie, rien de plus. Les salaires, eux, progressent un peu plus vite que les prix, portés par les gains de productivité. Année après année, chaque pension pèse donc un peu moins face aux revenus du travail qui l'entourent.
D'un côté, le nombre de pensions monte. De l'autre, chacune glisse doucement dans une économie qui grandit. Les deux mouvements se compensent : le total, rapporté au PIB, bouge à peine.
Cette règle se lit ailleurs, dans le niveau de vie. Là où l'ensemble de la population dispose de 100 €, de combien dispose un ménage retraité ?
| Année | Pour 100 € dans l'ensemble |
|---|---|
| 1996 | 102 € |
| 2013 | 105 € |
| 2023 | 100 € |
| 2045 | 96 € |
| 2070 | 90 € |
Source : COR, rapport annuel juin 2026 (données de synthèse et fig. 3.37).
Relevé Insee 1996-2023, rétropolé en 2026 (les niveaux ne se comparent pas aux publications antérieures). Projection COR ensuite, scénario de référence.
Depuis trente ans, là où l'ensemble de la population dispose de 100 €, un ménage retraité dispose lui aussi d'environ 100 €, parfois un peu plus. En 2070, dans le scénario de référence, il en aurait 90, et d'autant moins que la productivité aura été forte En 2070 : 93 € si la productivité progresse de 0,4 % par an, 90 € à 0,7 % (le scénario de référence), 87 € à 1,0 %. Plus les salaires montent vite, plus l'écart se creuse avec des pensions qui suivent les prix. Source : COR, juin 2026 . Rien ne baisse sur le relevé de pension. C'est le reste du pays qui avance plus vite.
Une dépense qui ne dérape pas, des retraités qui décrochent peu à peu : c'est le même mécanisme, vu de deux endroits. C'est lui qui tient le plateau des 14 %.
Il a pourtant une fin. Après 2045, les générations peu nombreuses nées ces années-ci arrivent dans la vie active : le nombre d'actifs par retraité continue de baisser, et le frein des pensions n'y suffit plus. La part remonte doucement, jusqu'à 15,3 % du PIB en 2070 Dépenses projetées, scénario de référence : 14,2 % du PIB en 2045, 14,4 % en 2050, 14,7 % en 2060, 15,3 % en 2070. La hausse d'après 2045 vient surtout de la démographie (moins de naissances aujourd'hui, donc moins d'actifs et un PIB plus faible demain) et de l'hypothèse de revalorisation des pensions Agirc-Arrco. Source : COR, juin 2026 .
Ce qui rentre
Pour payer ces pensions, tout ne vient pas des salaires :
- les cotisations Deux parts alimentent les mêmes caisses : l'une retenue sur le salaire brut (part salariale), l'autre payée en plus par l'employeur (part patronale). Ici, « cotisations » désigne toujours les deux ensemble. Source : Service-public.fr prélevées sur les salaires, part du salarié et part de l'employeur
- des impôts affectés Des impôts réservés au financement des retraites (une part de la CSG, des taxes sur les salaires…) et des transferts d'autres organismes (Cnaf, Unédic), à côté des cotisations. Source : COR, juin 2026 , une part de la CSG et des taxes réservées aux retraites
- l'apport de l'État L'État paie les pensions de ses propres fonctionnaires, et renfloue les régimes qui manquent de cotisants (SNCF, mines, marins…). Source : COR, juin 2026 , qui paie ses fonctionnaires retraités et renfloue les régimes en manque de cotisants
| Source | Montant |
|---|---|
| cotisations | 277 Md€ |
| impôts affectés | 83 Md€ |
| apport de l’État | 57 Md€ |
Source : COR, rapport annuel juin 2026.
Cotisations ≈ 2/3 (277 Md€), apport de l'État ≈ 57 Md€ (1,9 % du PIB). Impôts affectés et transferts (Cnaf, Unédic) sont le solde.
Les cotisations ne couvrent qu'environ deux tiers des pensions. Le reste, aujourd'hui, ce sont les impôts affectés et l'apport de l'État.
Le déficit
Ces trois sources vont-elles tenir jusqu'en 2070 ? Deux oui, une non.
Les cotisations et les impôts suivent l'économie : tant que les taux ne changent pas, ils progressent comme les salaires, donc comme le PIB. Rapportés à lui, ils ne bougent presque pas.
L'apport de l'État, lui, recule : 1,9 % du PIB en 2025, 1,1 % en 2070. Pourquoi ? L'État ne finance pas le système entier, seulement ses propres régimes : les retraites de ses fonctionnaires, et le renflouement d'anciens régimes comme la SNCF ou les mines. La loi lui demande d'y verser, chaque année, juste de quoi les équilibrer Par la loi, l'État ajuste chaque année sa contribution pour que les régimes qu'il finance (ses fonctionnaires, les régimes spéciaux) soient exactement à l'équilibre. Si leurs dépenses baissent, sa contribution baisse avec. Source : COR, juin 2026 .
Or ces régimes rétrécissent : les régimes spéciaux, fermés Fermés aux nouveaux venus par la réforme de 2023 (RATP, électriciens-gaziers, Banque de France, clercs de notaires). La SNCF l'était déjà depuis 2020. Les agents en poste gardent leurs droits, mais sans nouvelles recrues, le régime s'éteint peu à peu. Source : Ministère du Travail , s'éteignent doucement. Leurs dépenses baissent, et le versement qui les équilibre baisse du même montant. Un versement qui suit exactement des dépenses en baisse ne creuse rien : ce bloc reste à l'équilibre d'un bout à l'autre de la projection.
D'où vient alors le déficit ? Régime par régime :
- régimes équilibrés par l’État
- salariés du privé (régime de base)
- fonctionnaires territoriaux et hospitaliers
- complémentaires et non-salariés
| Année | régimes équilibrés par l’État | salariés du privé (régime de base) | fonctionnaires territoriaux et hospitaliers | complémentaires et non-salariés |
|---|---|---|---|---|
| 2025 | 0,02 | -0,20 | -0,07 | 0,08 |
| 2045 | 0,00 | -0,92 | -0,13 | 0,16 |
| 2070 | -0,01 | -2,05 | -0,17 | -0,17 |
Source : COR, juin 2026 (fig. 2.15).
Transferts internes compris : la somme des groupes égale le solde du système entier.
Le creux se forme presque entièrement chez les salariés du privé : leurs dépenses montent avec le vieillissement, pendant que leurs recettes restent stables en part de PIB. La caisse des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers se dégrade aussi. Les régimes équilibrés par l'État, eux, restent collés au zéro : c'est leur définition légale. Et si le total de ce qui sort ne baisse pas quand ces régimes s'éteignent, c'est que la retraite des salariés grossit dans le même temps, et prend leur place dans les 14 %.
L'image d'ensemble, année par année :
recettes
dépenses
déficit
| Année | Cotisations | Impôts | Apport de l'État | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|---|---|
| 2025 | 9,3% | 2,8% | 1,9% | 14,1% | -0,2% |
| 2045 | 9,1% | 2,7% | 1,5% | 14,2% | -0,9% |
| 2070 | 9,1% | 2,7% | 1,1% | 15,3% | -2,4% |
Source : COR, rapport annuel juin 2026.
En part du PIB, scénario de référence. Apport de l'État tel que projeté par le COR (fig. 2.9), cotisations et impôts répartis selon la clé de 2025.
Reste une question : ce creux mesure-t-il le système, ou la règle de calcul ? La projection que vous venez de voir suppose que l'État verse ce que la loi prévoit, l'équilibre de ses régimes et rien d'autre. Le rapport calcule aussi l'autre hypothèse : un État qui maintiendrait son effort d'aujourd'hui, en part de PIB.
| Année | Ce que prévoit la loi | Effort de l'État constant |
|---|---|---|
| 2025 | -0,2 | -0,2 |
| 2045 | -0,9 | non publié |
| 2070 | -2,4 | -1,5 |
Source : COR, juin 2026 (annexe 2, fig. A.2).
Effort constant : apport de l'État figé, en part de PIB, à son niveau moyen 2021-2025. Le rapport publie la courbe EEC sans ses données : seuls les points publiés (2025 et 2070) sont tracés.
Mêmes retraites versées, mêmes salaires, mêmes cotisations. Selon la règle retenue, le déficit de 2070 s'écrit −2,4 points de PIB, ou −1,5. Et le rapport précise que ce choix ne change rien au solde global des finances publiques « Quelle que soit la convention adoptée, le solde global des finances publiques n'en est pas affecté » : une convention qui dégrade le solde des retraites améliore d'autant les finances publiques hors retraites, et inversement (annexe 2 du rapport). Source : COR, juin 2026 : ce que le compte des retraites perd, le budget de l'État le garde. Le trou ne grandit ni ne disparaît, il change de case.
Là-dessus, les économistes se partagent. Les uns y lisent un désengagement : rien n'oblige l'État à réduire sa part, la maintenir effacerait plus du tiers du creux de 2070 Le besoin de financement 2070 passe de 2,4 points de PIB (convention conforme à la législation) à environ 1,5 point si l'apport de l'État reste constant en part de PIB (annexe 2). L'écart, 0,9 point, est la part de l'État qui glisse de 1,9 à 1,1 % du PIB. Source : COR, juin 2026 (annexe 2) , et y renoncer relève d'un choix budgétaire. Les autres répondent que sa part baisse parce que les régimes qu'elle équilibrait s'éteignent, et que tenir son effort pour acquis est déjà un parti pris Le COR a abandonné en 2023 la convention « effort de l'État constant » parce qu'elle « pouvait être interprétée comme normative sur la manière dont l'État devrait utiliser les économies » réalisées sur ses régimes : « il n'appartient pas au COR de décider de l'utilisation de cette marge de manœuvre ». Source : COR, avril 2023 . Les mêmes chiffres portent les deux lectures. Ce qui les départage n'est pas une donnée : c'est ce que chacun estime que l'État doit aux retraites.
Et en attendant, qui paie ?
Le découvert n'attend pas 2070. Il se creuse dès maintenant, et pourtant les pensions tombent chaque mois, au jour près. Reste donc une question que le chapitre précédent laisse ouverte : tant que rien n'est comblé, qui avance l'argent ? Et que se passerait-il si, un mois donné, la caisse ne pouvait plus ?
L'argent est avancé par un circuit précis. L'Acoss L'Agence centrale des organismes de sécurité sociale tient la caisse commune des branches de la Sécurité sociale : elle encaisse les cotisations et décaisse les prestations aux échéances. Quand l'année est en déficit, elle emprunte à court terme sur les marchés, dans un plafond que le Parlement vote chaque année : 65 milliards d'euros pour 2025, 83 pour 2026. Aller plus loin , la caisse qui tient la trésorerie de la Sécurité sociale, emprunte à court terme dans une limite votée chaque année par le Parlement : 65 milliards d'euros en 2025, 83 en 2026 Plafond d'emprunt de trésorerie (« ressources non permanentes ») voté en loi de financement de la Sécurité sociale : 45 milliards d'euros en 2023 et 2024, 65 pour 2025 (loi du 28 février 2025), 83 pour 2026. Source : Cour des comptes, nov. 2025 . Puis, régulièrement, une loi transfère l'ardoise à la Cades La Caisse d'amortissement de la dette sociale, créée en 1996, reprend par la loi les déficits accumulés de la Sécurité sociale et les rembourse avec des recettes dédiées, prélevées sur tous les revenus. Depuis sa création, 396,5 milliards d'euros lui ont été transférés. 274,8 étaient remboursés fin 2025, pour une extinction prévue fin 2033. Aller plus loin , créée en 1996 pour la rembourser avec des recettes dédiées, prélevées sur tous les revenus. Depuis trente ans, 396,5 milliards d'euros ont pris ce chemin, dont 274,8 déjà remboursés 396,5 milliards d'euros de déficits transférés à la Cades depuis 1996, dont 274,8 amortis fin 2025. L'extinction de la dette sociale est prévue fin 2033, échéance fixée par la loi organique du 7 août 2020. Source : Cades, avril 2026 , échéance fin 2033. Dans ce qui reste, la part des retraites pèse environ un quart Estimation du COR : 29,3 milliards d'euros imputables à la branche retraite fin 2025, soit 24 % de la dette restant à rembourser par la Cades (121 milliards en valeur de marché). Source : COR, juin 2026 .
Ce circuit a été mis à l'épreuve deux fois, récemment. Mars 2020 : les besoins explosent, les marchés ne suivent plus, l'Acoss se retrouve avec quatre jours de trésorerie « Le 12 mars [2020], alors que sa règle de gestion était de viser une trésorerie nulle (la plus économe), l'Acoss n'avait que quatre jours de trésorerie. » Les marchés ne se sont pas fermés, mais ils n'ont pas absorbé la hausse brutale des besoins : un emprunt auprès de la Caisse des dépôts (environ 20 milliards d'euros) et un pool bancaire (31 milliards) ont pris le relais. Source : Sénat, sept. 2025 devant elle. La Caisse des dépôts et un pool de banques prennent le relais, le plafond d'emprunt est doublé par décret en deux mois Plafond porté de 39 à 70 milliards d'euros par le décret du 25 mars 2020, puis à 95 milliards par celui du 20 mai 2020 : une procédure d'urgence prévue par la loi organique, ratifiée ensuite par le Parlement. Source : Décret du 20 mai 2020 . Décembre 2024 : la censure du gouvernement laisse la Sécurité sociale sans budget au 1er janvier, donc sans droit d'emprunter. Le Conseil d'État, que le gouvernement consulte avant ses textes, écrit alors que sans ce droit, les caisses « ne seraient plus en mesure d'assurer la continuité des paiements » Avis du 9 décembre 2024 : « Eu égard à leur équilibre financier actuel et en l'absence d'autorisation de recourir à des ressources non permanentes, les organismes concernés ne seraient plus en mesure d'assurer la continuité des paiements et remboursements des prestations sociales. » Source : Conseil d'État, déc. 2024 . Douze jours plus tard, une loi spéciale Loi du 20 décembre 2024, la deuxième « loi spéciale » de la Ve République : son article 4 autorise les caisses à emprunter « dans la seule mesure nécessaire à la couverture de leurs besoins de trésorerie », sans plafond chiffré, jusqu'à la loi de financement adoptée fin février 2025. Source : Loi du 20 décembre 2024 , la deuxième de la Ve République, rétablit l'autorisation. Aucune pension n'a manqué, ni en 2020, ni en 2025.
Le circuit a ses limites, et elles sont documentées. La Cour des comptes, qui contrôle les comptes publics, prévient que le besoin d'emprunt approchera 100 milliards en 2027, 135 en 2029 « Le besoin de trésorerie maximal en cours d'année de l'Acoss atteindrait près de 100 Md€ en 2027 et 135 Md€ en 2029 » : au-delà du plafond voté, et au-delà de ce que l'Acoss estime pouvoir emprunter durablement. Source : Cour des comptes, nov. 2025 . L'Acoss elle-même situe la limite de ce qu'elle peut porter durablement autour de 60 à 70 milliards Réponse écrite de l'Acoss au Sénat : un encours moyen est tenable « sans risque » jusqu'à 40 milliards d'euros, avec un risque plus élevé jusqu'à 60-70, « et au-delà […] les risques sont très élevés ». Un plafond 2028 à 133 milliards « n'est en aucun cas réalisable ». Source : Sénat, sept. 2025 . Le droit, de son côté, a un angle mort. La pension liquidée est garantie par la loi « L'assurance vieillesse garantit une pension de retraite à l'assuré qui en demande la liquidation » (art. L. 351-1 du code de la sécurité sociale). Une fois liquidée, la pension n'est révisable que dans des cas énumérés, et aucun ne concerne la trésorerie. Source : Code de la sécurité sociale , et aucun texte ne permet de la suspendre faute de trésorerie. Mais aucun texte ne dit non plus qui serait payé en premier si la caisse était vide un jour donné. Personne ne l'a écrit.
Ce que montrent les épisodes passés, c'est la forme que prend ce genre de crise quand elle arrive : pas un guichet qui ferme, une loi qui tranche. Un plafond relevé, une dette transférée, des pensions ajustées. Même la Grèce de 2015, banques fermées et retraits plafonnés à 60 euros par jour, a fait ouvrir un millier d'agences Fin juin 2015, banques fermées et contrôle des capitaux : le gouvernement grec fait rouvrir environ un millier d'agences bancaires réservées aux retraités sans carte de paiement, avec un plafond de retrait de 120 euros. Source : Reuters, juillet 2015 pour continuer à payer ses retraités.
Alors, faillite ?
Le mot évoque une caisse qui se vide et des pensions qui cessent. Rien de tel dans les projections : tant que des salaires sont versés, des cotisations rentrent, et les dépenses restent longtemps contenues, autour de 14 % du PIB, avant de monter doucement vers 15,3 % en 2070. Ce qui s'annonce ressemble plutôt à un découvert : 2,4 points de PIB en 2070 à règles constantes, l'équivalent de moins de deux mois de pensions de l'année, logé pour l'essentiel dans la retraite des salariés du privé, et dont l'ampleur même dépend de ce que l'État versera. Le combler, en revanche, ne se fera pas tout seul.
Et après ?
Pour combler cet écart, les leviers sont connus, et le COR les chiffre : l'âge de départ, les prélèvements, le niveau des pensions. Aucun n'est sans contrepartie.
- Reculer l'âge de départ. Plus d'actifs cotisent, moins d'années de pension à verser. À court terme, le chômage peut monter le temps que l'emploi s'ajuste. La voie de la réforme de 2023. Loi du 14 avril 2023
- Relever la part salariale des cotisations. L'écart se réduit, mais le salaire net baisse d'autant. COR, juin 2026
- Relever la part patronale des cotisations. Des recettes en plus, mais un coût du travail plus élevé, qui pèse sur l'emploi et l'investissement. COR, juin 2026
- Revaloriser les pensions moins vite. Aujourd'hui, elles suivent les prix. En dessous, chaque pension perd du pouvoir d'achat, et le niveau de vie relatif des retraités descend sous les 90 % déjà projetés. COR, juin 2026