Retraites

Le système de retraite va-t-il faire faillite ?

Une crainte largement partagée : que le système de retraite s'effondre.

72 % des Français n'ont pas confiance dans l'avenir du système. 87 % chez les moins de 35 ans. Ifop, avril 2026

« Être obligé d'emprunter tous les mois pour payer les retraites […], c'est une malédiction qui n'a pas d'issue. »
François Bayrou, Premier ministre, 15 juillet 2025. vie-publique.fr
« Leur régime de retraite par répartition est en réalité déjà en faillite ! »
Philippe Herlin, Or.fr (média financier), février 2025. or.fr

La mécanique

En France, les retraites marchent par répartition : les cotisations prélevées sur les salaires d'aujourd'hui paient directement les pensions d'aujourd'hui.

Que veut dire au juste « faire faillite » ?

Une faillite évoque une cagnotte qui se vide. Mais en répartition, il n'y a pas de cagnotte : les cotisations qui rentrent ressortent aussitôt sous forme de pensions.

Il reste tout de même une , de quoi amortir les à-coups, mais c'est un tampon, pas un trésor qui dort.

Combien d'actifs par retraité

Le nombre d'actifs par retraité évolue d'année en année : relevé jusqu'en 2024, projeté à l'horizon 2070.

Actifs cotisants pour 10 retraités, scénario de référence du COR juin 2025.
Année Actifs pour 10 retraités
2000 21
2024 17
2070 15

Source : COR, rapport annuel juin 2025 ; Insee.
Seules 2000, 2024 et 2070 sont des points du COR ; l'entre-deux est interpolé.

Quand un actif part à la retraite, il passe de l'autre côté du flux : un cotisant de moins, un retraité de plus.

Pourquoi baisse-t-il ? Deux mouvements de fond.

  • : ils restent plus d'années à percevoir une pension.
  • : les générations qui entrent dans la vie active sont moins nombreuses que celles qui en sortent.
Part des 65 ans et plus en France, Insee, scénario central.
Année 65 ans et plus
2000 16 %
2020 20 %
2070 29 %

Source : Insee, projections de population 2021-2070 (scénario central).
Tranches de 5 ans ; années intermédiaires interpolées.

Une autre mesure

Ce qui finance une pension, ce n'est pas un nombre de cotisants : c'est la richesse qu'ils produisent.

Tout ce que le pays produit en un an porte un nom : le . Mesurées par rapport à lui, les pensions pèsent .

Cette part, projetée jusqu'en 2070.

Part des dépenses de retraite dans le PIB, scénario de référence du COR juin 2025.
Année Part du PIB
2024 13,9%
2070 14,2%

Source : COR, rapport annuel juin 2025 ; PIB 2024 Insee, comptes de la Nation 2024.
Montants en euros constants 2024 ; PIB projeté au rythme de référence du COR (~0,5 %/an), années intermédiaires interpolées.

C'est ce qui sort : 14 % du PIB, stable. Mais qu'est-ce qui rentre ?

Ce qui rentre

Pour payer ces pensions, l'argent vient de trois sources :

  • les cotisations prélevées sur les salaires
  • des
  • l'
Recettes du système de retraite en 2024, hors produits financiers (≈ 405 Md€), COR juin 2025.
Source Montant
cotisations 269 Md€
impôts affectés 81 Md€
apport de l’État 55 Md€

Source : COR, rapport annuel juin 2025.
Cotisations ≈ 2/3 (269 Md€), apport de l'État ≈ 55 Md€ (1,9 % du PIB) ; les impôts affectés sont le solde.

Les cotisations ne couvrent qu'environ deux tiers des pensions. Le reste, aujourd'hui, c'est l'État et les impôts.

Le déficit

Ces trois sources vont-elles tenir jusqu'en 2070 ? Deux oui, une non.

Les cotisations et les impôts suivent l'économie : tant que les taux ne changent pas, ils progressent comme les salaires, donc comme le PIB. Rapportés à lui, ils ne bougent presque pas.

L'apport de l'État, lui, recule. Pour comprendre pourquoi, il faut voir ce qu'il finance au juste : pas le système entier, mais ses propres régimes, les retraites de ses fonctionnaires et le renflouement d'anciens régimes comme la SNCF ou les mines. Et la loi lui demande d'y verser, chaque année, .

Or ces régimes rétrécissent : les régimes spéciaux, , s'éteignent doucement. L'État a donc, année après année, de moins en moins à y mettre.

Financement des retraites en part du PIB, scénario de référence du COR juin 2025 ; apport de l'État interpolé entre 2024 et 2070.
Année Cotisations Impôts Apport de l'État Dépenses Solde
2024 9,2% 2,8% 1,9% 13,9% -0,1%
2040 9,1% 2,7% 1,6% 14,1% -0,7%
2070 9,0% 2,7% 1,0% 14,2% -1,4%

Source : COR, rapport annuel juin 2025.
En part du PIB, scénario de référence ; l'apport de l'État (de ~1,9 % en 2024 à ~1,0 % en 2070) est interpolé entre ces deux points.

C'est là l'essentiel du déficit. Les pensions ne s'emballent pas, les cotisations tiennent : le creux vient surtout de cette part de l'État qui se réduit. D'après le COR, si le système n'était financé que par des cotisations, il n'y aurait quasiment pas de déficit qui se creuse.

Et cette part de l'État, ajoute le rapport, « dépend de décisions du législateur ». Le déficit dépend donc, en grande partie, de choix de financement public.

Alors, faillite ?

Un système par répartition ne fait pas faillite comme une entreprise : tant qu'il y a des salaires, il y a des cotisations. Mais selon le COR, un écart se creuse bien. Les dépenses restent autour de 14 % du PIB ; les ressources, elles, glissent jusqu'à 12,8 % d'ici 2070.

Pas une faillite, donc, mais un écart qu'il faudra combler.

Et après ?

Pour combler cet écart, le COR décrit quatre voies. Elles ne s'excluent pas et se combinent ; aucune n'est sans contrepartie.

  • Reculer l'âge de départ. Plus d'actifs cotisent, moins d'années de pension à verser ; à court terme, le chômage peut monter le temps que l'emploi s'ajuste. La voie de la réforme de 2023. Loi du 14 avril 2023
  • Relever les cotisations des salariés. L'écart se réduit, mais le revenu net des ménages baisse d'autant. COR, juin 2025
  • Relever les cotisations des employeurs. Des recettes en plus, mais un coût du travail plus élevé, qui pèse sur l'emploi et l'investissement. COR, juin 2025
  • Indexer les pensions sous les salaires. Les pensions progressent moins vite ; le niveau de vie des retraités décroche peu à peu de celui des actifs. COR, juin 2025